Billet

La meilleure façon de marcher

– Tu te souviens quand, gamines, on marchait en sautillant ? Tu te souviens ? J’avais toujours l’impression que j’allais m’envoler. Ou quand on faisait des pas-chassés ? Qu’est-ce que j’aimais faire des pas-chassés ! Et quand on montait les escaliers à quatre-pattes. C’était quand même moins fatiguant comme ça que de le faire debout sur ces deux pieds. Et puis marcher en canard, tu sais, avec les panards tournés vers l’extérieur ? On dit en canard ou en pingouin ? Je ne sais plus. J’avais vu un Chaplin à la télé et je trouvais ça trop drôle de marcher comme lui. Je piquais aussi le parapluie de ma mère et je le faisais tourner dans ma main, comme Charlot avec sa canne. Il ne me manquait plus que la moustache. J’aurais trop voulu avoir une moustache.
Le problème c’est que, naturellement, mes panards à moi, ils se tournaient vers l’intérieur. C’était une vraie plaie. Je me faisais tout le temps des croches-pattes. Il parait que c’était pas super bon pour mes genoux de marcher comme ça, du coup, j’ai passé des heures à m’entraîner à marcher droit, tu sais, avec les pieds bien parallèles. J’étais obligée de les regarder pour être sûre qu’ils étaient bien mis. Le problème c’est que quand tu regardes tout le temps par terre, t’as beau être droite en bas, t’es tordue en haut. Et puis, en ne regardant pas devant moi, je n’avais pas, disons, une super visibilité sur le monde qui m’entourait. Je ne me faisais peut-être plus de croche-patte mais je me prenais les poteaux. Je ne sais pas ce qui est le mieux. Dans les deux cas, t’as l’air con et tu te fais mal, alors bon…
Un truc qui fonctionnait bien, c’était de faire des grands pas. Quand tu as de grandes guibolles, ça passe, mais avec mes 1m20 au compteur, ça donnait plus l’impression que je faisais des étirements. Et puis, c’était pas très féminin, il parait, de faire des grands pas. C’était quelqu’un dans la rue qui me l’avait balancé « Ce n’est pas très féminin de marcher comme ça, mademoiselle ! » Aujourd’hui, je lui dirais sûrement de se mêler de son cul, ou un truc dans le genre, peut-être mieux tourné, mais à l’époque ça m’avait marqué. J’ai tout de suite arrêté de faire des grands pas. Je me prenais peut-être les poteaux en pleine gueule, mais je le faisais d’une manière féminine. Ça change tout, hein ?
– Euh, ok, mais, euh, pourquoi tu me racontes tout ça ?
– J’en sais rien
– Ok
– …
– Au fait, tu viens de marcher dans une merde
– Et Meeeerdeee ! Fais chier ! Y en a de partout ! Regardes ! Ça déborde sur le côté, là ! Fais chier…

silly-walks

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